Dr Fabrice Dassie : « Il faut aller chez le dentiste même quand on n’a pas mal »

Le président-fondateur de l’Association dentaire d’Afrique centrale était l’invité du 13h sur le Poste National de la Crtv. Le Dr Fabrice Dassie est le président du comité d’organisation du premier salon de la santé bucco-dentaire d’Afrique Centrale, qui se clôture ce samedi 30 juin à Yaoundé.

 

Crtv : ‘Menteur comme un arracheur de dents’, vous connaissez cette expression qui renvoie à la douleur. Normal que les patients aient une dent contre les dentistes ?

Dr Fabrice Dassie : Cette citation très répandue est justement l’un des points sur lesquels nous souhaitons mettre l’accent pour combattre les idées reçues. Nous ne sommes ni menteurs, ni arracheurs de dents. Ce salon est justement l’occasion pour nous dentistes de présenter notre travail.

Crtv : Vous comprenez quand même la peur qui anime les patients ?

Dr Fabrice Dassie : Bien sûr, la prise en charge de l’anxiété est l’objectif principal du chirurgien-dentiste. C’est aussi un protocole à mettre en place dans les cabinets dentaires. En général lorsqu’on va chez le médecin ce  n’est pas parce qu’on est heureux, chez le dentiste en particulier. Donc oui, il existe aujourd’hui des façons modernes de faire pour palier à ce côté anxieux du patient.

Crtv : Donc, c’est une douleur qui fait du bien, il faut serrer les dents…

Dr Dassie : Il faut serrer les dents, mais il faut surtout aller chez le dentiste même quand on n’a pas mal. Il faut penser à faire des consultations préventives au moins une fois par an. On ne le dira jamais assez, il est impératif de se brosser les dents au moins deux fois par jour.

Crtv : Dans les zones reculées de l’Afrique centrale où il n’y a pas dentiste, les gens se brossent les dents avec des tiges de rotin. Ou simplement, avec un doigt imbibé de sel. Et si une dent semble poser problème, on la fait sauter tout de suite, sans anesthésie. Qu’en pensez-vous ?

Dr Dassie : Ce sont des réalités de chez nous, il y en a même qui utilisent du charbon. Dans ces zones justement, beaucoup de travail est à faire. D’où le thème du salon, « Les soins bucco-dentaires partout et pour tous ». Avec l’Association dentaire d’Afrique Centrale, nous travaillons à faciliter l’installation des dentistes dans les zones reculées. Il est possible de trouver sur le marché des dentifrices accessibles à toutes les bourses. Quand on n’a pas de problème particulier, il n’est pas nécessaire d’avoir des dentifrices ultra spécialisés. Aujourd’hui il existe d’autres manières de faire pour accompagner l’hygiène dentaire. L’intelligence artificielle et le numérique bousculent en permanence la médecine.

Crtv : Les techniques de soins dentaires évoluent, mais à la base il faut des médecins. Le ratio patients-dentistes est malheureusement très déséquilibré en Afrique centrale

Dr Dassie : Effectivement, mais il faut d’abord dire que les pouvoirs publics y travaillent. Je salue l’action du ministère de la Santé Publique,  et de l’Enseignement Supérieur. Ils font un travail remarquable  dans ce sens que depuis seulement quelques années on a déjà deux facultés de médecine. Ce qui contribue à injecter sur le terrain des dizaines de nouveaux dentistes chaque année. D’autre part, il faut aussi accompagner les citoyens. Ils doivent savoir qu’on va chez le dentiste pour des visites de contrôle, parce que la prévention c’est la meilleure arme. Le Cameroun est un pays assez garni, pour 22 millions d’habitants nous comptons 600 dentistes. Au Gabon, 1.700.000 habitants, ils ont environ 70 dentistes. Pour les pays de la sous-région les problématiques sont les mêmes, à quelques différences près.

 

Entretien mené par Michel Abanda, retranscrit par Vanessa Onana

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