Bassek ba Kobhio : « la production camerounaise a connu comme bond qualitatif»

Quelques jours après le clap de fin de la 22ème édition du festival Ecrans Noirs, le délégué général revient sur les faits marquant de cette année.

Avec 10 prix sur les 13 remportés à la clôture du festival Ecrans Noirs. Es-ce dire que le 7ème art camerounais reprend son envol après des années sans récompenses ?

Le film camerounais avait vu le jury dédié à sa compétition lui refuser toute récompense pour cause de qualité insuffisante en 2016. Nous l’avons, et moi en premier, tous mal vécu, mais j’ai été le premier à féliciter ce jury et son président Jean-Claude Crépeau pour ce coup de semonce qui nous obligeait à nous réveiller.  Alors les uns et les autres nous avons retroussé nos manches. Déjà l’année dernière, j’avais produit « Life Point » réalisé par Achille Brice d’après un scénario de Nkanya Nkwai, sélectionné au Fespaco de Ouagadougou, et quelques autres titres de bonne facture. Cette année il y a eu vraiment une arrivée notable de très bons films. « Rebel Pilgrim » qui a remporté l’Ecran du film camerounais et l’Ecran du Film de l’Afrique centrale est un exemple de ce que la production camerounaise a connu comme bond qualitatif cette année. A côté Tenacity, A good time to divorce, A man for the week end, pour ne citer que ces titres-là ont souligné la dynamique reprise de la production de qualité au Cameroun.

 

Une série en ouverture au festival ? Pourquoi ?

La série n’est plus ce qu’elle était il y a quelques années. Regardez les séries américaines et même européennes sur les chaînes de télévision, de grands acteurs y figurent désormais, et les moyens mis à la disposition des productions sont quasiment les mêmes que pour les films long métrage. La tendance au niveau de l’Afrique s’est renforcée depuis ces cinq dernières années, et le public raffole de ce genre cinématographique, car c’en est un. Lorsqu’en plus la série fait appel à des grands noms du show business (Charlotte Dipanda, Fally Epoupa, Michel Majid) , populaires déjà au niveau du public,  l’occasion nous était donnée de montrer ce qui se fait de bon sur le continent à ce moment précis, ou au moins une tendance de ce qui pourrait se faire de bon. Et puis, élément non négligeable, après la cérémonie d’ouverture qui dure près de 90 minutes, il faut rechercher soit un film très léger genre comédie, soit un film très court. Un épisode d’une série de bon niveau nous permettait de résoudre le problème. Et vous avez vu, la salle qui se vide souvent après la cérémonie est restée pleine jusqu’à la fin de la projection.

 

Pensez-vous le marché international du film d’Afrique Centrale ait un réel impact sur le développement du cinéma de la sous-région ?

Le Marché du Film de l’Afrique Centrale, s’il n’existait pas encore, il aurait fallu le créer. Les échanges sont certes encore limités, mais de plus en plus de cinéastes esseulés dans leur coin d’Afrique Centrale avec leur production ou leur projet sur les bras viennent maintenant à Yaoundé, et des acheteurs et distributeurs accourent. Dans un délai maximum de 5 ans, le MIFAC sera incontournable, du moins nous l’espérons. Nous voulons que la BEAC, la CEMAC, la CEEAC nous appuient pour ce marché, ainsi que les différents départements en charge du cinéma dans les différents pays de l’Afrique Centrale.

 

Timide participation des cinéphiles dans les salles. Que comptez-vous faire pour que ça change ?

Nous avons une réelle volonté et une politique de reconquérir le public. Les résultats que nous enregistrons depuis quelques années sont encourageants, et nous ne nous arrêterons si je peux m’exprimer ainsi, que lorsque nous aurons retrouvé le taux de fréquentation des premières années, lorsque la télévision était quasiment naissante, lorsque les salles existaient encore, et que le public avait encore ce réflexe d’aller en salle. Mais cela prend du temps. Lorsqu’on a été sevré de certaine nourriture ça demande parfois un peu de temps pour s’y accoutumer à nouveau. Nous évoluons cependant dans le bon sens. Les spectateurs même s’ils n’ont pas encore atteint le niveau que nous souhaitons sont de plus en plus nombreux, et nous nous en félicitons. Il reste à leur donner à voir de bonnes productions pour les ramener dans les salles, et surtout d’en avoir, je veux parler de salles, qui programment nos films.

 

Pourquoi le concours Miss Ecrans Noirs ?

Le terme « Miss Ecrans Noirs » n’est pas approprié, et c’est ce qui pourrait créer la confusion. En fait nous recherchons de jeunes filles et des jeunes garçons susceptibles d’attirer comme spectateurs ou téléspectateurs des jeunes comme eux. La jeunesse, c’est le public premier du cinéma. C’est une sorte de casting d’acteurs qui se fait entre de personnes que la nature a bien bâties. Vous avez vu la salle frémir quand Charlote Dipanda à l’écran dans le film d’ouverture. C’est un peu ça la philosophie de base de ce concours dirigé de main de maîtresse par Valérie Ayena, avec le concours de quatre metteurs en scène et directeurs de casting du continent. Le gagnant n’est pas la plus belle des filles, mais celle qui combine le mieux la plastique à la possession d’un fort potentiel d’actrice. Nous sommes là en plein dans le cinéma. Alain Delon est un très bon comédien, mais en plus sa plastique a attiré davantage de spectateurs vers ses films.

 

Quel est le bilan de cette année 2018 ?

La programmation offre un cinéma nouveau, neuf même, celui des pays anglo saxon. Le festival connaît un réel regain d’intérêt pour les cinéastes et même les cinéphiles. Nous sommes passées de 13 invités étrangers environ en 2000 à 85 par édition ? Si vous y ajoutez les sélectionnés et invités camerounais vous arrivez à un chiffre de 147 cette année. Ce n’est pas parce que nous avons de l’argent à jeter par les fenêtres. C’est simplement que le festival est couru, qu’il grandit, qu’il se développe, qu’il connaît plusieurs manifestations au même moment et qu’on ne peut plus être partout, pendant que la production s’accroît sur le continent, ce qui est une excellente chose.

 

Un mot de fin ?

Le soutien des pouvoirs publics à la suite de la Reconnaissance d’Utilité Publique par décret du Président de la République de notre Association, nous a permis depuis deux ans de mieux être pourvus de ce côté-là, même si les besoins sont énormes, et vous voyez bien que de plus en plus et de mieux en mieux, ce projet qui fut celui d’un homme est en passe de devenir celui de la communauté nationale.  Reste que les sponsors privés choisissent souvent le plus facile : le football ou la musique. Aucune nation ne s’est à ce jour développée par le football, et le Brésil serait alors aujourd’hui une puissance.  Par l’éducation, l’art et la culture, si. Le prestige de la France le prouve. Le cinéma américain est à beaucoup d’égard bien plus important que son armée dont les limites se voient en Irak ou en Syrie, alors que toute notre jeunesse s’est américanisée par l’image que l’Amérique veut bien nous renvoyer. C’est dans le soutien dans un premier temps ingrat à un secteur comme celui de l’Art qu’on juge de la citoyenneté d’une entreprise. Je parle d’Art structurant, pas de concours de guitare, pas de sélection faite par des étrangers pour diffuser un pseudo art camerounais. Des ballons, des cartons de médicament, des ordinateurs, ça ne constitue pas la citoyenneté d’une entreprise, même si on veut s’en convaincre et qu’on le clame soi-même à longueur d’articles commandés.

Propos recueillis par Jeanne Ngo Nlend

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