Charles Ndongo: “Avec qui le président viendrait débattre?”

Le Directeur Général de la CRTV fustige la surenchère des candidats qui exigent un débat face au président Paul Biya sur la CRTV. Charles Ndongo était l’invité du magazine radio Dimanche Midi. 

Plus de débats sur les antennes de la CRTV. Des hommes politiques qui croisent le verbe. C’est la démocratie qui est ainsi célébrée…
C’est la démocratie qui est célébrée et la CRTV devrait être à l’avant-garde de cette célébration. N’oubliez pas ce que j’ai l’habitude de vous dire. Nous devons donner le ton et l’exemple. Nous devons donc être au cœur tous les processus, au cœur de toutes les démarches qui valorisent la démocratie camerounaise en l’occurrence. Et de ce point de vue, je pense que nous nous en tirons plutôt à bon compte.

Le programme 100% présidentielle fait le buzz. La CRTV fait des pics d’audience. Je vois votre sourire en coin.
Nous n’avons pas à nous en plaindre. Bien au contraire, nous avons besoin d’audience. L’audience pas simplement en nombre. L’audience aussi parce que cela nous permet de passer nos messages. Cela permet que nous touchions le maximum de camerounais d’ici et même de la diaspora.

De quoi s’agit-il au fait ?                                                                                                                                                         Il s’agit évidemment d’amener tous les camerounais dans ce que nous appelions à une certaine époque, la logique institutionnelle. Si les gens veulent avoir des dirigeants bien élus, il faut qu’ils soient nombreux à aller aux élections. Il faut qu’ils se soient inscrits et une fois qu’ils sont inscrits, il faut qu’ils aillent retirer leurs cartes d’électeurs et qu’ils soient bel et bien présents le 7 octobre pour choisir en toute liberté leur président de la République. Il ne faut pas venir tard se plaindre. C’est maintenant que cela se prépare. Et nous encourageons les candidats, alors là tout le monde, tous les camerounais, tous les électeurs à être là le 07 octobre munis de leur carte d’électeur.

A travers les différents espaces que la CRTV offre, la CRTV est là, bien dans son rôle de média de service public.
La CRTV est dans son rôle de média de service public. Mais qui ne se renie pas. Nous savons très bien quels sont les enjeux. C’est la sécurité, c’est la paix, c’est l’unité nationale. Et là vraiment, ça fait partir des valeurs autour desquelles, nous voudrions faire le consensus. Nous voulons avoir le maximum de camerounais à s’entendre. Que ça se sont des valeurs, des idéaux autour desquels, il y’a pas à transiger. Nous devons être d’accord pour le maintien de la paix dans notre paix. Ou alors le retour de la paix dans les régions où la paix est perturbée. Nous devons être d’accord pour le maintien, le renforcement de l’unité nationale. Nous devons être d’accord pour l’enracinement de la démocratie. Là les conditions qui doivent être réunis pour que nous avancions vers la prospérité.

Revenons à ce programme, 100% Présidentiel. Si d’aucuns saluent l’innovation à la CRTV, le spectacle qui s’y déroule n’est pas toujours du goût des téléspectateurs. Qu’en dites-vous ?
Faut pas trop insister sur le spectacle. Le spectacle aussi fait partie de la démocratie. N’oublions pas que nous sommes dans le jeu médiatique qui est une traduction du jeu politique et donc du jeu démocratique. Tout ça c’est le jeu. Moi je vois le candidat Cabral Libii qui conteste ce qu’il a accepté avant d’entrer en studio. Je vois le candidat Garga Haman Adji qui est un notable respecté et par ailleurs qui ne veut pas débattre avec tel ou tel ; ou alors qui ne comprends pas ce que fait une journaliste, c’est un peu dommage, parce que tout cela c’est de la démocratie ne peut pas se faire sans les journalistes. Donc les candidats devraient avoir un minimum de respect pour les journalistes.

C’est un épisode que vous regrettez quand même Monsieur le Directeur Général ?                                   Je le regrette pour le candidat. Car je ne sais pas si, il a gagné beaucoup de points en faisant cette sortie. Mais, mon Dieu, moi j’ai reçu comme Directeur Général, ma collaboratrice, qui avait donc essuyé les foudres du candidat. Pour lui dire qu’il faut s’habituer à cela. Les gens ont pensé que, il pouvait y avoir un autre scénario dans lequel, le journaliste, animateur de débat, aurait plutôt expulsé le candidat qui s’était mal tenu ; il faut bien le reconnaitre.

Mais, il faut le rappeler, cette émission a été créée pour les candidats. Pour qu’ils viennent exposer leurs programmes et que, ils viennent les défendre ces programmes. Et que les camerounais sachent. Les regardent sur toutes les coutures. N’oubliez pas qu’avec la télévision, qu’avec la radio, il y’a un effet de loupe pour les candidats. Ça permet que les camerounais que si c’est Michel Abanda qui est le candidat et bien voici ses points forts, voici ses points faibles, voici ce qu’il peut apporter aux Camerounais. Les Camerounais sont extrêmement mûrs. N’en doutez jamais. Il faut leur faire confiance.

Pour la gouverne justement des Camerounais qui nous écoutent, Charles Ndongo, Directeur de la CRTV, 100% Présidentiel, c’est pour les candidats ou pour leurs représentants ?                                      100% Présidentiel, nous devons être d’accord, c’est pour les offres politiques. Soyons clairs. Nous ne voulons pas nécessairement obliger les candidats. Si les candidats estiment qu’ils peuvent faire vendre leurs programmes par leurs représentants, parce qu’ils sont eux-mêmes sur le terrain ; donnons leur crédit de cela pourquoi pas. Nous savons aussi que la démocratie camerounaise se trouve à un stade bien précis. La démocratie a eu son histoire. Elle est en pleine évolution. On ne peut pas tout obtenir tout de suite. Les gens veulent absolument débattre avec le président Biya. Le président Biya a une autre stature aussi. Il faut respecter cela.

Même s’il est président – candidat ?     

  Même s’il est président candidat, il faut respecter ses statures. Nous avons une élection à un tour. Avec qui le président viendrait débattre ? On ne va quand même pas organiser 9 débats, parce qu’on a 9 candidats. L’élection, si elle avait été à deux tours, il y’aurai eu un écrémage au 1er tour, pour que se dégage deux candidats. A ce moment-là, on aurait pu imaginer comme cela se fait ailleurs, un débat entre les deux tours. C’est pour ça que nous avons mis en place une émission qui permet que les candidats viennent présenter leurs idées, ou leurs représentants.

Oui …

Ça peut même aller plus loin, indiquer à vous qui animez ce débat que s’il y’a un candidat qui ne veut pas venir, qui ne veut même pas envoyer son représentant, on peut même faire un élément sur lui. Un élément de 3 à 4 minutes qui dit : « Voici les idées de Michel Abanda pour la prochaine élection présidentielle ». Et cela permet que, les gens sachent. Parce qu’il s’agit pour les Camerounais de savoir qui offre quoi ? qui représente quoi ? Qui vaut quoi ? Voilà un espace qu’on leur offre. C’est à eux d’en profiter. S’ils estiment qu’ils peuvent faire l’économie de leur apparition, vraiment, ils sont libres.

Et dans le communiqué que vous publiez sur cette question Monsieur le Directeur Général, vous insistez sur la notion d’équité.                                                                                                                         Absolument. C’est la notion d’équité. A défaut de faire dans l’objectivité qui n’existe presque pas, parler beaucoup plus d’honnêteté. L’équité parce qu’il faut que les gens sachent. Média de service public, nous sommes au service de tout le monde littéralement. Mais attention, média de service public ne veut pas dire nier les réalités de l’Etat. Si le Rdpc est le premier parti du Cameroun, si le Rdpc est le parti dominant, si le Rdpc c’est le parti au pouvoir, ce n’est pas le fait de la CRTV. Ce sont les réalités de la scène politique, dont nous devons toujours tenir compte.

OK…

Ce n’est pas parce que vous avez eu 30 millions, que vous vous déclarez aujourd’hui candidat, que vous allez vous mettre au niveau du président Paul Biya. Qui a une histoire ; un bilan ; des états de service ; des réalisations à son actif. Vous qui êtes jeune candidat, vous vous battez pour vous faire connaitre, vous avez encore toutes vos preuves à faire. Mais, la CRTV va vous donner, parce que c’est ça le service public, le temps d’antenne dont vous avez besoin et que la loi vous reconnait pour que vous puissiez vous exprimer.

De mémoire de jeune reporter au service politique, cette montée de fièvre, est-ce qu’elle est pareille à celle de votre époque ?
Il y’a toujours eu une montée de fièvre. La grande différence aujourd’hui, il faut le reconnaître, c’est que je pense que tout le monde a admis la logique institutionnelle. Je pense que sauf quelques égarés, sauf quelques terroristes, sauf quelques marginaux, quelques irrédentistes, très peu de gens pensent aujourd’hui pouvoir accéder au pouvoir par la violence. Et ça c’est déjà un très grand développement, une très grande avancée. Alors, nous y sommes, ça veut dire, allons-y à fond dans cette logique institutionnelle. Battons campagne, proposons ce que nous avons à proposer. Quand je dis-nous, je parle des candidats. Moi je n’en fait pas partie. Moi je me contente modestement de mon rôle d’arbitre et je vous encourage à donner la parole à tout le monde. Mais que ce « tout le monde » ne se trompe pas non plus.

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L’Etat est bel et bien en place. C’est Samuel Eto’o qui avait la bonne formule. Elle est un peu bestiale, de dire que, « les moutons marchent ensemble, mais, ils n’ont pas les mêmes prix ». Ne nous trompons pas de scène politique, ni de contexte politique. Nous devons faire une élection qui reflète bien les réalités camerounaises. Le service public de l’audio-visuel doit jouer son rôle, entièrement son rôle, mais sans jamais perdre de vue quels sont les enjeux. Retenons le tous, s’il vous plait. Il y’a pas de journalisme aérien. Le journalisme, c’est toujours par rapport à un contexte précis ; Un contexte qui a son histoire, qui a ses réalités. Le service public doit garantir tout ça, pour servir aussi, disons-le, de garde fous à ceux qui tenteraient de s’égarer.

Propos recueillis par Michel Abanda

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