Bafoussam-Bamenda, le périple des ravins

A l’occasion de la 47ème fête nationale de l’unité du Cameroun, nos équipes descendent sur le terrain pour une (re) découverte du Cameroun profond et de ses réalités.

 

Le trajet Bafoussam-Bamenda est un cocktail d’émotions.
16h 30. Départ de Bafoussam pour Bamenda. Le véhicule qui nous précède a une panne technique. Nous venions de dépasser le lieu-dit « carrefour Dschang ». Secrètement, nous nous disons que nous avons évité la falaise. Il faut dire que dans les hauts plateaux de l’Ouest en général, le relief est quelque peu abrupt. De Bafoussam à Mbouda, le voyage est joyeux. Mbouda est à l’image de Bafoussam, une ville joyeuse, dynamique, et qui sent la ferveur économique.

Après la capitale du département des Bamboutos, place à Babadjou.

Le trajet est agréable, mais lorsque la route commence à se dégrader, les seuls plaisirs qui s’offrent à nos yeux, c’est la vue de cette jeunesse scolarisée qui sort des salles de classe et qui retourne gaiement à la maison. Les décideurs camerounais de demain sont parmi eux. Certains s’imaginent déjà peut-être devenir des ingénieurs du génie civil pour que les engins aménagent définitivement cette route. Mais l’histoire est amère. Il y’avait bien ici il y’a quelques mois, une entreprise qui avait débuté les travaux de réhabilitation de cette route. Mais les sécessionnistes du Nord-Ouest ont vandalisé les engins qui étaient présents sur la route, et l’ont divisé en deux. L’entreprise a arrêté les travaux.

On comprend dès lors que les dégâts du terrorisme ont un impact retentissant sur le quotidien des populations qui envalent des nuages de poussière tout le long de la route. C’est à Kombou que le sourire revient. Cette localité est sans aucun doute, la capitale camerounaise du poireau. Une production qui s’étend sur des hectares. On eût dit que tout le village s’est investi dans ce secteur. Les étangs que nous traversent nous envoutent avec ce parfum qui échoue presque toujours dans nos assiettes. Des camions chargent, d’autres stationnent en attente de ravitaillement pour les marchés. Hélas, la joie est de courte durée.

Et maintenant, le Nord-Ouest.

Nous entrons dans le Nord-Ouest. La ville de Santa se révèle. Les militaires sont bel et bien là, occupant toutes les barrières de sécurité. Mais les sécessionnistes ont bien semé la terreur par ici. Le mot d’ordre de « Ghost Town » (ville morte) est souvent respecté ici, même si le sous-préfet Viang Mekala et quelques populations soulignent l’agacement et le ras-le-bol des riverains.
Habitations et commerces fermés, quelques femmes qu’on aperçoit en train d’étaler le linge, voilà un cliché bien triste de ces villes mortes. On a beau chercher à comprendre à qui peut bien profiter ce mot d’ordre, mais personne pour nous répondre. La présence des forces de maintien de l’ordre dans la ville est rassurante, mais le spectre des bandes armées sécessionnistes plane. On nous rassure néanmoins sur le fait que le marché « Mile 12 » est resté un lieu de vie important dans la région du Nord-Ouest. Les vivres frais sont toujours présents dans ce marché légendaire.

Arrivés à Akum après Santa, il y’a un peu plus de circulation. Mais pour y arriver, il fallait compter avec les ravins et les virages. Il faut surtout admirer ces nombreuses habitations construites dans ces ravins. En voiture et en vitesse, l’expectative de tanguer ou de se retrouver au fonds du vallon est une hantise permanente. Cette route est définitivement interdite aux chauffeurs hésitants et nerveux, ou aux personnes cardiaques. Les routes serpentées n’en finissent pas. Ces braves populations affrontent depuis des siècles, un relief ingrat mais qui sans doute forge un caractère de courage et de travail.
23 km simplement séparent Santa de la ville de Bamenda. Le trajet a duré plus d’une heure. C’est donc un soulagement réel lorsque les premières plaques de la ville disent : « Welcome to Bamenda ! » Il est 18h 30.

DANIA EBONGUE.

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