Emmanuel Wonyu: ” Cette crise est la première guerre numérique du Cameroun”

Emmanuel Wonyu est un Professeur de Politique Internationale et de Relations Internationales à l’IRIC. Dans cette interview, ce spécialiste des questions de coopération, de développement et d’intégration revient sur les origines et l’évolution de la crise dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest (NoSo).

Pourquoi la situation sociopolitique dans les régions du Nord Ouest et du Sud Ouest est-elle qualifiée de crise ?

 Pr Wonyu : On parle de crise actuellement parce qu’elle s’étend déjà sur une certaine durée, et parce qu’elle a des répercussions sur la vie du pays de manière générale. Lorsqu’une crise dure assez longtemps, il est difficile de savoir jusqu’où et comment elle peut s’arrêter […]. Il y a du grand banditisme qui s’est ajouté, et il faut ajouter que ce conflit se fait aussi par les réseaux sociaux. C’est la première guerre numérique au Cameroun. Aujourd’hui, il y a une manipulation de l’information à travers les réseaux sociaux. On l’a vu plusieurs fois, un camp comme l’autre, mais surtout ceux qui se font appeler « ambazoniens » qui ont certainement de nombreux as de l’informatique, ayant cette capacité à grossir les faits et à les rendre « crédibles » en apparence auprès de l’opinion internationale.

Quelles en sont les causes lointaines et immédiates ?

 Pr Wonyu : La crise a réellement pris de l’ampleur il y a trois ans, avec les revendications des enseignants et avocats de ces deux régions. Leur désir était alors celui d’un parfait bilinguisme dans les textes et fonctions administratives, mais aussi, une meilleure considération de la langue anglaise dans le pays. Seulement, on parle du problème anglophone depuis plusieurs décennies. Il y avait déjà des revendications, mais qui se faisaient, disons, de manière douce et contenue.

à quelle étape se trouve cette crise ?

Pr Wonyu : Aujourd’hui, ils sont entrés dans une phase radicale de sécessionnisme. Ils ont abandonné les revendications purement sectorielles pour avoir des revendications purement politiques. Ce qu’ils veulent, c’est quitter la république du Cameroun, demander à la limite le fédéralisme, et au maximum le sécessionisme. Ce qui n’est pas acceptable du côté du parti au pouvoir et du gouvernement de la République. Cette question anglophone n’est en réalité pas seulement anglophone, elle est devenue nationale. Les répercussions de la crise anglophone ont un impact sur l’économie, le social, le vivre-ensemble…

La population est effectivement celle qui en souffre le plus, de manière immédiate…

Pr Wonyu : Il y a une série d’actes qui ont suivi les revendications, et ont ensuite fait fuir les populations (enlèvements, attentats, attaques aux institutions…). L’insécurité est en effet devenue grandissante dans la zone anglophone. On estime à plusieurs milliers les déplacées  internes. Il y a eu des combats violents entre les forces de défense et de sécurité, et les « ambazoniens ». Actuellement, on estime à près de 3.000 le nombre de personnes mortes depuis que ce conflit a commencé.

Entretien mené par Vanessa Onana

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