Afrique Caraïbes Pacifique : les priorités de George Rebelo P. Chikoti pour l’Oeacp

Dès le  4 avril 2020, le groupe des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, ACP change de statut.

 

Evolution oblige. Cela intervient après la désignation  du diplomate angolais George Rebelo Pinto  Chikoti à la tête de l’institution transcontinentale en décembre 2019.

C’était au cours du neuvième sommet ACP, à  Nairobi au Kenya.  Le Secrétaire général a été accueilli et installé dans ses fonctions  le 2 mars dernier à Bruxelles, capitale du Royaume de Belgique, siège de l’organe administratif et technique du Groupe. Le lusophone de  65ans  a déroulé  la feuille de route de son mandat  de 5ans :

-les négociations de l’accord post Cotonou

-l’implémentation du multilatéralisme

-l’élargissement du partenariat OEACP et  UE

-les changements climatiques et l’essor des Etats insulaires enclavés…

Ce sont donc quelques unes de ses priorités, sur l’axe universel des Objectifs de Développement Durable des Nations Unies. Polyglotte, GEORGES REBELO PINTO  CHIKOTI  confie ici à la CRTV son plan d’action pour assurer la transformation effective de l’institution qu’il coiffe.

 

INTERVIEW

 

Crtv : Monsieur le Secrétaire Général, vous héritez d’une maison ACP en pleine mutation. Des reformes y sont en cours tant au niveau intra ACP qu’au niveau de l’accord de partenariat entre le groupe ACP et l’Union européenne. Quelles sont vos orientations stratégiques pour faire du groupe des Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique une véritable organisation internationale en conformité avec les textes revisités de l’accord fondateur de Georgetown en décembre 2019 à Nairobi au Kenya ?

 

George Chikoti : Depuis décembre 2019, les chefs d’Etat ont endossé les accords de Georgetown révisés. Cela voudrait dire qu’à partir du 4 avril prochain, compte tenu du fait que le nombre de signatures a déjà atteint le minimum nécessaire, le groupe des États ACP deviendra  l’Organisation des Etats ACP. Naturellement, ceci change aussi ses missions. L’une des préoccupations que les ACP ont eues pendant ces dernières années a été la visibilité. En devenant l’Organisation des Etats ACP, la coopération entre les Etats et les Gouvernements ACP va être l’élément fondamental de notre partenariat avec l’Union européenne, qui est un partenaire extrêmement important. D’ailleurs,  avec son appui financier,  nous mettons en œuvre des projets dans des secteurs pour le développement durable à l’instar de la santé, de l’éducation, voire le secteur privé. Ce dernier est devenu un secteur déterminant. En terme de projection, il est stratégique pour les ACP effectivement, de continuer d’investir dans le Développement rural en vue d’améliorer sa productivité, mais aussi dans le secteur privé dans la mesure où la plupart de nos pays sont confrontés aux difficultés de l’emploi des jeunes, surtout en zone  rurale. Nous devrions renforcer notre engagement pour que ceci devienne un défi majeur et prioritaire autant que les questions sur le  climat. Nous travaillons à cet effet en faveur de ces aspects-là  dans l’Accord de Paris et dans les Objectifs  de développement durable (ODD) des Nations Unies. Il y a un domaine tout aussi important,  celui les petits Etats insulaires enclavés, la question de  l’économie bleue.  Cette problématique a toute sa place parce qu’elle touche à l’environnement. Plusieurs petits pays se retrouvent dans des régions telles que le Pacifique, les Caraïbes,  et sont   donc essentiellement marins. L’économie bleue va devenir un secteur très porteur au  vu du défi climatique. Disons que dans nos stratégies dans le post-Cotonou, on va attacher une importance particulière à ce secteur. L’accord post-Cotonou qui est en train d’être négocié, tient effectivement compte des spécificités des régions. Voilà pourquoi nous sommes en train de le négocier avec des protocoles régionaux qui vont couvrir chaque région. Pour l’essentiel, il s’agit là d’un changement fondamental par rapport à l’Accord de Cotonou qui évolue. Des changements inévitables s’imposent. 

 

Parlant des spécificités régionales, selon vous, quel rôle les communautés économiques régionales vont jouer afin de rendre opérationnel le pilier régional du post-Cotonou ?

Je crois que ceci facilite davantage la coopération entre l’Union européenne et les régions, puisque dans cet Accord post-Cotonou nous avons un socle commun et des protocoles par région. Et dans chaque protocole, ce sont les organisations régionales qui vont jouer un rôle capital.  Généralement, les régions ont un plan indicatif de développement. La plupart des régions aujourd’hui sont en train de se focaliser sur l’industrialisation, sur le commerce, ce qui fait de ces secteurs, des  secteurs clés. Et la plupart de ces régions sont devenues des régions intégrées dans lesquelles le commerce est devenu libre. A bien observer, l’Afrique a établi une zone de libre-échange continentale. Cela  veut dire qu’il y a une intégration davantage accélérée dans l’ensemble du continent pour un développement équilibré de chaque région. C’est dire que les régions vont jouer un rôle important dans le post-Cotonou. Telle est la spécificité et la différence entre l’accord de Cotonou et l’accord post-Cotonou dans lequel les régions vont jouer un rôle central dans l’exécution des budgets de coopération. Si vous voulez, du développement dans son ensemble.

 

Monsieur le Secrétaire Général, quelle est votre vision du multilatéralisme ?

Le multilatéralisme est le centre des relations internationales aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle les ACP deviennent  une organisation des Etats ACP. Nous sommes  79 pays et nous représentons environ 40% des Nations Unies et à ce titre, nous possédons un pouvoir réel. L’avantage c’est que nous décidons à un niveau global pour des objectifs qui touchent une bonne partie de la communauté internationale. Dans cette perspective, l’organisation des Etats ACP va jouer un rôle non seulement au niveau des Nations Unies, au niveau de l’Union Africaine, mais nous allons aussi établir des partenariats avec d’autres organisations. A l’instar du  groupe des 77 de New-York, car nous avons une vision du monde qui est non seulement importante mais qui est complémentaire aussi avec d’autres organisations qui travaillent avec nous. Il y a des questions devant lesquelles on ne peut pas rester indifférents, notamment les questions de sécurité, les questions de l’environnement.  Donc si vous regardez bien, aujourd’hui il y a une bonne partie de notre attention qui est tournée vers les questions de sécurité parce qu’une bonne partie des pays membres des Etats et gouvernements de ACP sont encore touchés pas la question d’insécurité. Mais naturellement, la question de l’environnement devient encore plus préoccupante. Les Bahamas ont perdu une bonne partie de leurs richesses lors des catastrophes naturelles il y a peu. La question de l’environnement devient un secteur clé parce que vous avez soit des sècheresses qui font vivre des situations difficiles aux populations, ou alors vous avez des inondations, ou des vents violents qui détruisent des propriétés et des investissements agricoles.

Monsieur le Secrétaire Général, quelle est votre ambition pour ce grand groupe ACP ?

Le groupe ACP a présenté  quelques faiblesses au cours des années précédentes. Et quelques-unes de ces faiblesses résidaient dans la nature des accords conclus. Ils nous limitaient au partenariat unique entre l’Union européenne et les Etats de nos régions. Aujourd’hui avec les changements et l’accord révisé de Georgetown, je crois que cela nous donne une plus grande visibilité, des possibilités différentes et diverses. D’abord ce qu’il faut c’est que nous nous affirmions comme une organisation indépendante et autonome qui a la possibilité de traiter avec d’autres organisations. Voilà donc pourquoi la question de l’information et de la presse est très importante. La visibilité est très déterminante parce que la plupart des organisations ne savent pas  qui nous sommes, qu’est-ce que nous représentons et pourquoi on existe. Alors, comme nous représentons effectivement 79 pays, la première des choses je pense qui est importante, c’est la question de la visibilité. Il faut que la presse puisse faire une promotion correcte de ce que nous sommes. Il faut aussi que nous nous présentions de la manière la plus correcte.

Alors, la deuxième faiblesse je trouve a été la faiblesse des ressources. Jusqu’ici nous travaillons sur un budget assez limité. Ce sont nos partenaires qui le financent. L’Union européenne donne 40% du budget de fonctionnement et l’autre pourcentage provient des contributions  des Etats membres. Nous avons des arriérés de cotisations, ce n’est pas normal. Il est temps que nos Etats prennent l’organisation comme étant une organisation avec laquelle ils se réalisent,  compte tenu de ces défis que nous avons à relever dans le domaine de l’environnement et du commerce par exemple. Je pense qu’il faudrait qu’on donne davantage les ressources nécessaires pour que l’organisation puisse marcher et fonctionner. Et à ce titre, nous avons initié la création d’un fonds judiciaire. Il servira à constituer des ressources alternatives pour l’organisation.

Mais il faudrait aussi que les états membres puissent travailler davantage dans la solidarité. La différence que nous avons, c’est que nous avons travaillé dans la solidarité, dans l’unité entre les pays qui viennent de trois continents ou de trois régions donc les Caraïbes, le Pacifique, et l’Afrique. Nous sommes restés unis comme une communauté de destin parce qu’ils avaient les mêmes problèmes, les mêmes défis, et je crois que la question de l’unité et de la solidarité est extrêmement importante pour l’avenir. Je vais m’y investir davantage. Là je suis en train de préparer un voyage dans quelques états membres, juste pour démontrer l’importance de la solidarité et l’engagement des Etats.

Je pense que l’organisation doit avoir davantage un rôle important de nos chefs d’Etats, de nos chefs de gouvernement, parce que c’est la solidarité à mon avis qui peut donner la force à l’organisation, à l’action des Etats. Je crois qu’un pays seul ne peut pas se confronter à tous ces défis. Si on regarde, la plupart des pays ont réussi dans l’ensemble des ACP parce que nous sommes restés en bloc et que cela nous a permis à travers la coopération avec l’Union européenne, d’exécuter beaucoup de projets importants pour le développement de nos pays. Ce, avec des montants considérables en terme d’aide au développement.

Je reste convaincu que ce succès relève de ce que nous sommes restés en bloc et nous allons continuer à l’être. Par ailleurs, la phase actuelle va nous permettre d’avoir d’autres partenaires.  Finalement on sera avec l’Union Européenne déjà pour les accords qui sont en cours de négociation.   L’accord révisé de Georgetown maintenant nous donne l’occasion de rencontrer d’autres organisations, d’autres fondations avec lesquelles on peut travailler sur des projets qui concernent nos régions et nos pays.

 

Parlant de solidarité justement, le Cameroun étant un pays membre des ACP, vous en tant que Secrétaire général du groupe ACP, quel message fort vous auriez pour les autorités camerounaises ainsi que les populations ?

Le Cameroun est un membre décisif des ACP. Nous travaillons sur une base de solidarité et il y a une solidarité au sein des ACP avec tous ses membres. En rappel, le Cameroun est un membre fondateur des ACP, un membre régulier, crédible et très actif qui contribue sans trêve au budget du groupe des Etats ACP.  Les autorités camerounaises sont à féliciter pour ces efforts à maintenir. L’une de ces autorités est l’ambassadeur du Cameroun en Belgique, Son Excellence  Daniel Evina Ebe’e qui est notre doyen. Il s’implique et contribue au nom de sa patrie  sans relâche dans les travaux techniques de nos commissions. Le  peuple camerounais quant à lui, devrait s’engager à plus de solidarité avec le gouvernement camerounais qui travaille avec nous. D’ailleurs la plupart des projets et des aides que le Cameroun a souvent présentés aux ACP ont aussi bénéficié du  budget intra- ACP.

Le Cameroun est un pays qui nous est cher au sein des ACP par son engagement, par sa participation. Et donc, nous souhaitons  au Cameroun, de demeurer un pays de paix et de stabilité.  

 

Entretien mené  à Bruxelles par Djaratou Djibrilla 

Et traité par Gisèle Onguene

 

 

 

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