Le Mali sans président

Renversé par un coup d’Etat, Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé sa démission dans une vidéo télévisée le 18 août 2020. Les militaires qui le détiennent affirment vouloir mettre en place une « transition politique civile » afin d’aboutir à des élections générales dans un « délai raisonnable ».

 

En poste depuis 2013, l’ancien premier ministre, Ibrahim Boubacar Keïta était à son deuxième mandat depuis 2018. Il a été arrêté par des militaires dans la journée du 18 août, et est détenu au camp de Kati, au nord de la capitale, Bamako.
Cet événement fait suite à plusieurs mois d’instabilité socio-politique dont les premiers mouvements remontent aux élections législatives de mars 2020. Les origines réelles du mal remonteraient cependant à la crise ambiante dans le pays depuis 2012.


Les prémices


Depuis fin mars 2020, une coalition composée de chefs religieux, politiques et de la société civile, dénommée « le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces patriotiques du Mali » (M5-RFP), réclamait le départ du président Keïta. Les nombreuses propositions de médiation, notamment de la Coopération économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), n’avaient rien changé. Bien au contraire, les événements se sont enchaînés :


– Le 26 mars 2020, le chef de l’opposition Soumaïla Cissé est enlevé en pleine campagne législative.
– Le 29 mars 2020, le premier tour des législatives a lieu. Le second tour se tient le 19 avril, mais le vote est marqué par des violences. C’est le début des manifestations publiques des Maliens.
– Le 5 juin, les Maliens descendent par milliers dans la rue contre le président.
– Malgré l’instabilité, le chef de l’État reconduit à la mi-juin le Premier ministre Boubou Cissé, et le charge de former le nouveau gouvernement. IBK lui donne pour consigne la mise sur pied « d’un gouvernement d’union nationale ».
– Le 10 juillet, une manifestation à l’appel du M5-RFP, placée sous le signe de la “désobéissance civile”, dégénère en attaques contre le Parlement et contre la télévision nationale. S’ensuivent trois jours de troubles civils.
– Pour tenter d’apaiser le climat, le président annonce le 11 juillet la “dissolution de fait” de la Cour constitutionnelle.
– Le 18 juillet, la contestation rejette un compromis proposé par la médiation de la Cédéao, conduite par l’ex-président nigérian Goodluck Jonathan. Cette proposition prévoyait le maintien au pouvoir du chef de l’État.
– Le 17 août, l’opposition annonce de nouvelles manifestations dans la semaine pour réclamer le départ du président. Dans la nuit du 18 au 19, une mutinerie de soldats se transforme en coup d’État.

La Cédéao a annoncé la fermeture des frontières régionales avec le Mali après l’arrestation d’Ibrahim Boubacar Keïta. Dans un communiqué, elle a indiqué avoir aussi suspendu l’ensemble des échanges financiers entre ses 15 membres et le Mali, et exclu ce dernier des organes décisionnaires de la communauté.

Danielle Mouadoume B.

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