Françoise Ellong : « J’aime prendre des risques quand je raconte une histoire »

Réalisatrice camerounaise Françoise Ellong, nous raconte l’histoire de son dernier bébé proposé au Festival de Cannes. Elle fait des confidences sur le tournage et comment elle vit en ces temps de COVID19.

Comment peut- on présenter Francoise Ellong?

La meilleure façon de me présenter c’est d’évoquer la dizaine de courts-métrages que j’ai réalisé entre le Cameroun, la France et l’Angleterre, mon 1er long-métrage Multi primé W.A.K.A tourné à Douala sorti en 2014, la création en 2016 de mon blog “Le Film Camerounais” qui a donné naissance à la Cérémonie de récompenses “LFC Awards”, ma casquette de scénariste sur plusieurs projets dont une série panafricaine à découvrir bientôt sur Canal+ et en évoquant surtout mon nouveau bébé intitulé “ENTERRÉS” réalisé en 2019 dans un village appelé Nkassomo, près de Mfou.

 

On vous sait très active dans le cinéma, comment vivez-vous la cessation d’activités depuis la pandémie au coronavirus qui a paralysé le monde?

Je vous avoue n’avoir pas eu beaucoup de temps pour examiner ce qui se passe depuis le début de la pandémie. Deux décès assez traumatisants dans ma famille ont occupé le 3/4 de mes pensées, je ne suis pas sûre de m’être remise pour le moment. Je sais néanmoins que tout est un peu au ralenti. Les Cinéastes ont pris très au sérieux les mesures gouvernementales et c’est tant mieux.

 

On a justement appris la naissance de votre nouveau bébé cinématographique. Pouvez-vous nous donner des détails sur l’histoire, les acteurs, le tournage, etc.?

“Enterrés” est un film avec une proposition artistique très particulière. J’aime prendre des risques quand je raconte une histoire. Sortir des sentiers battus, montrer aux spectateurs à quel point je respecte leur intelligence et leur fait confiance dans le degré de compréhension qu’ils auront du film.
Le film est une sorte de huis clos à ciel ouvert. 90 minutes durant lesquelles personne n’a le temps de tricher : ni l’histoire, ni la mise en scène, ni le casting et même l’équipe technique. La vision du film était entièrement partagée par tous et c’est ce qui je pense fait la force d’ENTERRÉS.

 

Ce que je peux vous dire de l’histoire à ce stade : des amis d’enfance qui se réunissent pour la première fois depuis plusieurs années et qui s’adonnent à un “jeu” qui va, sans qu’ils ne s’y attendent, faire resurgir d’anciens démons.

 

 

Le village de Nkassomo nous a accueilli d’une manière que j’aurais du mal à décrire. Les habitants nous ont littéralement adopté et surtout, Honorable Zambo Ntoumba qui nous a ouvert grands ses portes est une des véritables raisons pour lesquelles ce tournage démeurera inoubliable et exceptionnel pour l’ensemble de l’équipe. Nous lui sommes extrêmement reconnaissants.

Le monde du cinéma au Cameroun connait de nombreuses difficultés, comment avez-vous réussi à venir à bout de cette production?

Je me suis entourée des bonnes personnes à tous les niveaux. C’est déjà si dur de faire des projets, alors il ne faut pas se tromper de collaborateurs. Tout le monde était à sa place et les personnes qui se sont réunies pour que ce projet voient le jour l’ont adopté dès les premiers échanges. Ils sont tous satisfaits du résultat. Nous avons encore du travail en postproduction, mais le film est déjà là.

 

S’agit-il d’une histoire vécue ou alors une représentation d’un fait réel ou imaginaire?

L’histoire m’a été inspirée par un reportage vu à la télé un soir il y a plusieurs années. Lorsque l’idée est arrivée à maturité dans mon esprit, je me suis lancée dans les recherches et ensuite dans l’écriture.

En tant qu’ancienne responsable de la programmation pour le festival Ecrans Noirs, peux-tu situer le cinéma camerounais?

Les gens qui me connaissent savent à quel point j’ai foi en les œuvres camerounaises. Chaque effort est important et bien qu’on n’y soit pas encore totalement, les progrès sont là et vraiment énormes. Les Cinéastes que nous sommes gagneraient à regarder davantage de films, à savoir analyser, à lire énormément aussi pour nourrir nos esprits. Les bonnes habitudes viendront avec la multiplication de Master Class de modèles qui nous ressemblent, qui sont proches de nos histoires. Nous avons besoin de brainstormer davantage au lieu de rester jalousement dans nos coins à créer seul. Le Cinéma est collectif. Il nous faut un meilleur esprit, car entre les donneurs de leçons et les auto proclamés, on s’y perd complètement. Notre Cinéma a besoin d’être partagé.

 

Quels sont les projets futurs de Françoise Ellong ? Au cinéma et en dehors

J’ai 3 longs-métrages en écriture par plusieurs auteurs moi inclus sur des sujets à l’apposés les uns des autres. Je songe sérieusement à écrire un film sur l’Ambassibé aussi, une success story que j’ai découvert récemment et qui depuis me fascine littéralement. J’ai une idée de série également et des projets uniquement en tant que réalisatrice me sont proposées : je réfléchis à tout cela simultanément avec l’impression que je serai prise au moins pour les 5 prochaines années. Rires.

 

Propos recueillis par Jeanne Ngo Nlend

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