Djaïli Amadou Amal : J’ai déjà été donnée en mariage forcé à 14 ans

Ce vendredi 5 Mars 2021 au Club Hippique de Yaoundé, la célèbre écrivaine Camerounaise était face à la presse pour parler de son engagement comme nouvelle ambassadrice de l’UNICEF au Cameroun. A cette occasion, elle a révélé qu’elle-même a été victime de mariage forcé depuis son 14ème anniversaire.

Qui sont ces ambassadeurs et ambassadrices de Bonne Volonté de l’UNICEF ? Ils ont des parcours divers (sportifs, artistes, monde des médias) et qui s’engagent pour la cause des enfants, afin d’influencer et d’impacter la politique des décideurs en faveur des enfants. Au-delà d’être une écrivaine reconnue (Prix Goncourt des lycéens), Djaïli avait déjà accepté de collaborer avec l’UNICEF dans le cadre de la journée de l’enfant africain. Elle était porteuse de projets pour la défense des droits de la jeune fille dans le septentrion au Cameroun, dans le cadre de sa fondation.

Djaïli Amadou Amal

« L’UNICEF croit fortement au rôle que peuvent jouer les célébrités dans différents domaines pour promouvoir les droits de l’enfant. Djaïli Amadou Amal a prouvé par ses romans, ses prises de parole, ses actes qu’elle adhère pleinement à la cause des droits de l’enfant», a indiqué Jacques Boyer, le Représentant de l’UNICEF au Cameroun. L’UNICEF attend donc de  la nouvelle ambassadrice, d’impacter les communautés, les réfugiés, les parents surtout, dans un meilleur traitement des enfants, surtout avec l’épineuse question du mariage des enfants. Car une fille sur trois est mariée avant l’âge de 18 ans au Cameroun selon l’organisation onusienne, et ce témoignage de Habiba, jeune fille mariée de force à 14 ans à Bertoua, le confirme :

Djaïli effectuera dans les prochains jours une série de visites et de descentes de terrain dans différentes régions du pays pour renforcer le plaidoyer afin de réinventer l’avenir de chaque enfant. «  Je suis très sensible aux questions touchant les enfants et particulièrement les filles. Je suis donc honorée de porter ce titre d’ambassadrice” nous dira l’écrivaine.

Djaïli ne cachera pas son émotion car « j’ai été donnée en mariage forcé à l’âge de 14ans. Heureusement le mariage ne s’est pas fait, car le fiancé promis n’était pas là. Plus tard,  à l’âge de 17 ans, j’ai été promise à une autorité de la ville ». La littérature lui a permis de s’évader, de fuir la réalité de son quotidien. « Une nécessité psychologique » d’après Djaïli. Elle a essuyé plusieurs tentatives de fugue et de suicide, et a décidé de fuir finalement pour se sauver et sauver ses filles. Elle qui a vécu l’enfer dans deux mariages successifs, teintés de violences conjugales et de séquelles psychologiques. La création de l’association « Femmes du Sahel » a permis de booster la scolarisation des jeunes filles pour éviter leur enrôlement dans ces mariages précoces.

Jacques Boyer Représentant UNICEF et Djaïli Amadou Amal

La mission de la nouvelle ambassadrice est connue. Elle est naturellement militante et engagée dans une cause qui est la sienne. Un vécu troublant et choquant qui fait de cette martyre d’hier, le leader d’aujourd’hui et l’espoir des femmes de demain. A quelques jours de la journée Internationale de la femme, cette nomination en tant qu’ambassadrice d’une professionnelle de la plume, et par-dessus tout, d’une porteuse de lumière pour les générations futures.

DANIA EBONGUE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.