Éducation : les jeunes dans les mailles des partouzes
Une nouvelle forme de distraction, sexuelle, bien ancrée dans le milieu scolaire, fait de plus en plus parler d’elle au Cameroun. Un mal silencieux qui avance à grands pas.
Le phénomène dont l’ampleur est jusqu’ici ignorée par les parents, est pourtant très répandu en milieu scolaire. Les partouzes sont devenues l’activité extra scolaire favorite de plusieurs jeunes de 13 à 20 ans. Ils s’y adonnent à cœur joie, souvent sous l’effet de l’alcool et des stupéfiants.
Des absences non remarquées
Le lundi 15 mars, au quartier Ekie de Yaoundé, un présumé réseau de partouzes est démantelé. Environ quinze élèves sont appréhendés par les forces de l’ordre dans un domicile, aux heures de cours. Les voisins, intrigués par leur présence assidue depuis plusieurs semaines, leur attitude suspecte et les bruits qui filtraient, ont tiré la sonnette d’alarme.
Mais comment comprendre que les parents n’ont jamais été convoqués pour justifier les absences sur de longues périodes de leurs enfants? Séraphine B., mère de deux élèves, raconte son expérience triste : « L’an dernier, mon fils était dans un lycée de la place, en classe de 3ème. Au premier trimestre, je n’ai pas vu son bulletin. Encore moins les copies, pourtant je les demandais. Mon fils me donnait des explications que je ne comprenais pas.
« Lasse, je suis partie à son établissement. Et là, surprise! J’apprends qu’on ne l’y a pas vu depuis pratiquement 4 mois. Élève fantôme. Pourtant il sortait de la maison chaque matin, et je lui donnais bien son argent de poche. Le chef de classe m’a avoué qu’ils ne font jamais l’appel ». Une information qui permet de mieux comprendre la question posée plus haut.
Un « bon business » pour certains
On n’est pas loin du proxénétisme. Sauf que dans ce cas, les jeunes s’attribuent tous les rôles. Ils sont à la fois les « maquereaux », les clients et les prostituées.
Dans un enregistrement vocal qui a fait le tour sur WhatsApp, on a une esquisse de leur fonctionnement. Une personne se charge de faire le lien entre des garçons et des filles, trouve un local « sécurisé », collecte l’argent et organise la rencontre : c’est le maquereau. Les garçons (clients) doivent chacun prévoir une somme de 15.000f, pour jouir d’un « forfait classique ». Les tarifs des extra sont négociés isolement. Les filles, elles, assurent la nutrition. Le maquereau (ici, une fille), promet aux « clients » qu’elle sera également de la partie.
Un virus silencieux pour l’éducation
Pour les psychologues, les conséquences ne se font pas attendre. Déscolarisation, grossesses non désirées, maladies sexuellement transmissible… Par la suite dégoût de soi, dépression, vulnérabilité, repli sur soi, transfert de ses échecs sur les autres, mauvais encadrer des enfants à l’âge adulte, etc.
À qui la faute?
M. Abassa, psychologue et consultant en développement personnel, évoque quatre pistes. « Ce qui peut expliquer l’attrait des élèves pour ce type de pratique pourrait avoir plusieurs hypothèses :
1) les violences d’une puberté sans éducation à la sexualité et à l’amour.
2) L’imitation du libertinage sexuel des réseaux sociaux à la portée des enfants dès l’âge de deux ans.
3) Les parents trop occupés et qui ne communiquent pas assez sur la sexualité avec leurs enfants.
4) L’impact des réseaux sociaux sur la jeunesse ».
Il évoque également Sigmund Freud, et la quête naturelle de plaisir qui est enfouie chez tout être humain, et peut s’extérioriser à la puberté. « S’ils voient des films pornographiques, ont des mauvaises compagnies, et n’ont pas une éducation sur la sexualité, on peut arriver à ce résultat ».
Que faire?
Pour l’opinion publique, de tels actes ne sauraient rester impunis. Les parents, très souvent dépassés, ont pour principale option le fouet, et pour les jeunes filles, raser les cheveux. Mais cela réussirait il à tuer le mal? Le dialogue, pour d’autres, est la meilleure arme. Sauf que ces jeunes , dont la sensibilité semble annihilée par les drogues et l’alcool, ne coopèrent pas toujours.
Pour le gouvernement et les responsables d’établissements scolaires en tout cas, la première action a été d’exclure définitivement les élèves pris en flagrant délit, en guise de punition et pour dissuader ceux qui seraient tentés de suivre cet exemple.
Vanessa Onana