Pouma : Quand la prostitution et la précarité plombent la jeunesse

Dans nos zones rurales, la jeunesse est confrontée à de nombreux enjeux. L’employabilité, la scolarisation et de plus en plus, la question de la prostitution des filles, à la merci de prédateurs et de touristes sexuels qui sont de passage dans leurs localités et qui ont un meilleur pouvoir d’achat. Le constat amer a été fait par quelques ONG camerounaises…

Christine Andela, Présidente du COSADER

Madame Christine Andela est Chef traditionnel dans un village de l’arrondissement de Pouma, localité située à 43km du Chef-lieu départemental Edéa, et 110 km de la capitale économique, Douala. Le désarroi de Christine Andela est perceptible lorsqu’elle affirme que 80% des jeunes femmes résidant à Pouma et ses environs se livrent à des activités de prostitution. La faute à la route qui apporté le développement des commerces, le stationnement des grumiers et l’afflux des touristes et voyageurs de tout bord. Il y’a véritablement un côté cynique au développement. D’un côté l’éclosion des structures et infrastructures (formations sanitaires, épiceries, alimentations, bars, écoles, etc.), d’un autre, l’émergence de fléaux sociaux alarmants. Cette jeunesse rurale, qui jadis était portée sur les activités agricoles, délaissent les travaux champêtres au profit d’activités commerciales sur l’axe lourd Douala-Yaoundé. Ici, les voitures qui s’arrêtent sont une occasion de rencontrer des voyageurs en panne d’essence ou en panne de chaleur féminine. Le phénomène semble plus juteux et moins contraignant pour ces jeunes dames, au mépris des risques des maladies sexuellement transmissibles.

Nous voici dans l’éternel dilemme entre la logique économique-capitaliste et la conservation des valeurs sociales. Chez les garçons, la situation n’est pas meilleure. Les trafics ont remplacé les travaux du monde paysan. Alors, il faut « Des politiques publiques concrètes, des lois concrètes, qui prennent effectivement la question du genre au sérieux », indique Madame Christine Andela, qui est par ailleurs présidente du Collectif des ONG pour la Sécurité Alimentaire et le Développement Rural ( COSADER), qui, avec l’appui de l’Union Européenne, est actif dans le projet de Renforcement des Capacités de la Société Civile dans le Contrôle Citoyen des Finances Publiques ( ROSFIP), en compagnie de de la Plateforme Nationale des Organisations de la Société Civile du Cameroun ( PLANOSCAM). Selon Minsia Yorongue, un des membres de PLANOSCAM, « Depuis 2019, le Cameroun est déjà dans la mouvance du budget citoyen », une grande avancée qui a été le résultat de 10 années de plaidoyer.

Minsia Yorongue PLANOSCAM

C’est donc dans le cadre de ce projet que le COSADER a réalisé deux études de référence dans l’optique de pousser le plaidoyer pour une prise en compte optimale de la dimension genre dans le secteur du développement rural notamment. Désormais, la notion de « budgétisation sensible au genre » ne devrait être un vœu pieux énoncé par la société civile et par les décideurs. Un atelier s’est tenu à cet effet à Edéa les 23 et 24 juillet 2021. Parmi les recommandations, il est question que le paysan camerounais ait un statut. Car malheureusement,  ce n’est pas considéré comme un travail, ni une profession.

Membres des ONG défendant les politiques de Genre

Pourtant selon la Banque Mondiale, elle représente depuis 2014, un tiers du produit intérieur brut (PIB) mondial. C’est depuis cette année-là que le COSADER a entrepris un plaidoyer  en faveur de l’adoption d’une Loi d’orientation agricole au Cameroun. Pour Christine Andela, « le monde rural doit sortir de l’invisibilité pour en faire un acteur véritable avec des droits et des devoirs ».  La femme et la jeune fille ont donc tout leur rôle à jouer. Elles doivent être prises en compte dans les budgets : Etat, Collectivité Territoriale Décentralisée, Projets de développements, Projets associatifs, etc. C’est la seule issue et garantie d’une société d’équité et d’égalité,  comme le veut l’ODD 5 (Objectif de Développement Durable) : Réaliser l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles.

DANIA EBONGUE

 

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