Grande distribution: à la conquête des classes moyennes

De l’avis des économistes et acteurs du secteur, la présence des supermarchés et hypermarchés au Cameroun est liée à la conquête de cette sociale classe au pouvoir d’achat significatif.

 

Depuis quelques années, le secteur de la grande distribution gagne du terrain dans les métropoles camerounaises. Il s’agit principalement des groupes occidentaux qui opèrent à travers les supermarchés et hypermarchés, notamment à Douala et Yaoundé. Le dernier hypermarché « PlaYce» à se hisser au cœur de la capitale politique a été inauguré le 5 juillet dernier par le ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh.

Contexte

Les grands centres commerciaux à hauteur de centaines de milliards de Fcfa se créent au Cameroun à la faveur de la loi de 2013 sur l’incitation à l’investissement privé, accordant cinq ans d’exonérations fiscales et douanières à toute nouvelle entreprise, aussi bien à sa phase d’implantation qu’à celle de son exploitation. L’aventure a débuté en 2015 à Douala avec le premier hypermarché de la chaîne française Super U. Puis, elle s’est accélérée, en 2017, avec l’ouverture du premier supermarché de Carrefour, toujours dans la capitale économique. Pour les géants de la distribution, le Cameroun est un grand carrefour géographique entre la CEDEAO et la CEEAC, car son économie pèse près de 50 % du PIB de toute la sous-région CEMAC.

Conquête de la classe moyenne

Les Camerounais dans leur grande majorité n’ont pas l’habitude de faire leurs courses dans les grandes surfaces. Les revenus modestes contribuent à expliquer cette réalité. Petit à petit, la culture du supermarché commence à gagner les mentalités grâce à un système de marketing mis en place par les promoteurs des grandes surfaces. Par exemple, les rayons dédiés aux produits made in Cameroon. Malgré cette campagne de séduction, la question du pouvoir d’achat des Camerounais reste préoccupante. C’est pourquoi de nombreux Camerounais continuent à faire leurs courses dans des petits marchés. « Le potentiel exploité de ce marché se situe autour de 30 %. Les Camerounais commencent à peine à acquérir la culture du supermarché », estime Michel Kamgang, inspecteur général chargé des magasins dans un supermarché de la place.

Les grandes surfaces concentrent donc leurs énergies sur la classe moyenne de la population. « Les grandes surfaces ont pour ambition, de capter une bonne partie des achats de la classe moyenne » souligne à propos l’économiste Dieudonné Essomba. Cet avis est partagé par un autre économiste Jean-Marie Mbiada. « C’est sans doute à cause d’une classe moyenne qui s’est développée depuis une vingtaine d’années avec un pouvoir d’achat conséquent » que les géants mondiaux de la grande distribution sont à la recherche de nouveaux marchés au Cameroun soutient-t-il. « Nous visons la classe moyenne, c’est-à-dire les Camerounais gagnant entre 6 500 et 10 000 F CFA par jour », ajoute Abdoul Razak Mohamadou, directeur du projet grande distribution de la Société alimentaire du Cameroun (Soacam).

À l’observation, les grandes distributions ont certes leur place dans les grandes villes, mais cela reste encore de faible portée en termes de chiffres d’affaires. La grande majorité de la population à faible revenu et insuffisamment imprégnée de la culture du supermarché ne peut s’offrir le luxe d’acheter des produits de grandes marques.

Dieudonné Zra (@zra_dieudonne)

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