GR@INES DE MOTS

Les prévaricateurs battus à coup de mots.

Un roman s’en prend à ceux qui privatisent le bien public. L’œuvre qui porte la signature de Moise Doumou a Mvomo, a pour titre «  Tison rouge, charbon noir ». Une satire savoureuse à lire par ailleurs

Moise Doumou a Mvomo est de ces auteurs qui se plaisent à tourner en dérision le réel. Non par cynisme ou esprit de critique, mais pour appeler à plus de vertu dans le vécu quotidien. Ses mots sont moqueurs, surtout à l’endroit de SilasBitetam. L’histoire s’amorce par un événement dont la radio nationale saut en être le théâtre. Un décret présidentiel vient d’être lu. Comme d’habitude, il fait des malheureux – ceux qui sont admis à faire valoir leurs droits à la retraite, ceux qui sont relevés de leurs fonctions- et à rebours, des heureux, ceux qui ont promus. SilasBitetam hérite d’une très grosse part du gâteau national. Il est nommé Directeur Général du trésor au ministère de l fortune publique. Le lecteur aura remarqué comment le narrateur ironise sur la considération accordée à ce ministère. Toujours est-il que le personnage principal est comme en lévitation lorsqu’il apprend la nouvelle dans son véhicule. Sur la route qui le ramène à son domicile, il revoit son parcours. Une enfance vécue à la dure. Une scolarité poussive. Une ascension professionnelle menée à grande sueur dans un premier temps, puis à grands renforts de ruse. Le portrait à charge de cet individu est brossé dès les pages liminaires  où l’on voit la position de l’auteur de ces lignes.

On apprendra que Silas Bitetam s’était déjà fait une réputation au marché florissant du « Gombo », manière bien camerounaise de nommer la corruption. Maintenant qu’il gère le trésor, plus rien ne le retient dans les détournements de fonds publics, dans les dépenses somptuaires pour se faire voir. Il peut se permettre avec l’argent d’acheter la conscience des hommes du culte, de passer du culte à l’occulte sans gêne, et de se mentir à lui-même qu’il peut, par la voie cabalistique, faire tourner en sa faveur un remaniement ministériel. C’est là que tout s’écroule comme un château de cartes. C’est là que commence l descente aux enfers.

Avec un sens aigu de la description, le narrateur qui a pris soin d’élargir son cordage, montre au fil des pages, la généralisation de la corruption. Avec un lexique assorti. Si l’église en prend pour son grade, l’hôpital est aussi dans le viseur de cette œuvre pamphlétaire ; œuvre  qui ne s’achèvera pas sur une note sombre. Loin de là .L ’enseignant de littérature et de philosophie à la retraite est mû par une utopie : Celle de voir se lever un matin nouveau porteur de valeurs plus proche de la vertu que du vice.

Tison rouge , charbon noir est un récit de  pages , publié aux éditions clé