Mémoire

Chapitre 5

Salle John : Chorus pour l'ambass bey

La colonisation allemande au Cameroun a eu son côté sanglant, détestable, et, ironie et beauté du sort, son côté plaisant. Quoi de bon à tirer de cette tranche histoire, est-on tenté de s’interroger? Le trésor sorti de ces moments tumultueux, entre autre, l’ambass bey ; rythme métissé par excellence. Le Ngondo 2019 a rendu hommage à l’un de ses illustres promoteurs. Le bien nommé Salle John. CRTV Production tire prétexte de sa trajectoire pour présenter l’ambass bey en tant que fenêtre ouverte sur l’ histoire.

Salle John célébré par l’assemblée traditionnelle du peuple sawa le 1er décembre 2019 sur les berges du Wouri. Un moment de gloire pour l’artiste et le rythme musical dont il se fait le promoteur avisé sur les scènes du monde. Pour l’occasion, une chorégraphie articulée sous la forme d’un grand cercle, est mise en scène dans le but de scénariser l’hommage à la star de la chanson camerounaise.

 Salle john , chanteur camerounais

Comme une rose qui pousse dans le fumier

La richesse de la culture des peuples riverains du wouri se donne à apprécier dans cette fresque à forte charge mémorielle. Parfum d’histoire. L’histoire de la relation entre les sawa et les colons allemands. Le rapport dominant-dominé qui a caractérisé la colonisation allemande, n’a pas pu empêcher le jaillissement de l’humain au milieu des brimades et atrocités . C’est le sens à donner à l’origine de ce genre musical. Pour l’anecdote, il se pourrait qu’un certain Ekamb’a moutia, alors domestique chez un colon, se serait laissé impressionné par la valse européenne et aurait partagé son émerveillement avec ses proches . Réalité ou fiction, nul ne peut le dire avec certitude. Mais une chose est sûre, les locaux ont domestiqué la danse du colon.

Salle John , à propos des origines de l’ambass bey.

Pour tropicaliser au mieux ce trait de culture allemande, les locaux vont y mettre une bonne dose de couleur et de douceur. Ils auront compris qu’il y a là de quoi enrichir leur répertoires de chansons à la fois jubilatoires et glamour. Des prémisses du métissage en quelque sorte.

Salle John , sur les apports divers aux origines de l’ambass bey

Aux avant-postes de cette adaptation de la musique allemande, bien de pionniers qui ont eu chacun à sa manière, le don de faire en sorte que la valse tropicale ne tourne pas en rond ; qu’elle serve à effeuiller les histoires minuscules des chaumières et villages, et qu’ au-delà , qu’ elle distille la joie.

Salle John évoque les pionniers de l’ambass bey

Salle a pris le flambeau de cet art des mains de ses devanciers depuis la fin de la décennie 70, décennie de toutes les audaces en musique au pays des crevettes. Et à l’entendre, il est presque né dans la marmite de l’ambass bey.

Salle John évoque les pionniers de l’ambass bey

L’artiste est devenu au fil du temps une icône sous non latitudes. On est du reste cueilli par sa voix grave et veloutée ainsi que son verbe enrobé de poésie. Ses mots jetent l’ancre dans le vécu quotidien, comme des chroniques tantôt douces, voire douces-amères, lorsque ce n’est pas tout simplement un hymne à la vie. Le chanteur-danseur fait de ses spectacles des sites d’exposition de l’élégance sawa. Expositions des tenues traditionnelles notamment. Une offre fort appréciée.

Nouveaux horizons

Manu Dibango, La légende de la musique mondiale, a tendu depuis quelque temps, la main d’association à son compatriote. Sans doute parce qui lui trouve le talent de diffuseur de l’authenticité autant que de la diversité. Désormais, le vieux briscard enchaîne les dates à l’international à la remorque de Manu Dibango, dans le rôle de vrp de l’ambass bey.

Salle John, dit sa gratitude de Manu Dibango

Au final, on peut conclure que Salle John est l’illustre continuateur de la promotion de ce beau rythme. Sa présence sur les podiums internationaux montre bien qu’avec l’ambass bey, l’on peut faire commerce, sans complexe, au concert des nations.

“NGONDO; Histoire, peuple et Culture”
Nos remerciements sont adressés à :  La Fondation AfricAvenir International
– Léopold Magloire B.YANDO de l’agence ACCOMPI+
Narration : Serge POUTH
Photos/Videos : Merling CHIMEGNI
Edition : Martin NZOKPA, Hervé DJOUFACK
Développement / Design :  Landry LEUNKEU, Abdoulaye Mougnol , KINYOG MAKON
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